L'indicateur d'impact "Épuisement des ressources en eau"

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Laure Iglesias
|
9/12/2021
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L'indicateur d'impact "Épuisement des ressources en eau"

L'épuisement de la ressource en eau, ressource vitale à la vie sur Terre, et les risques de pénuries sont des notions de plus en plus abordées, notamment dans les rapports du GIEC. Il s'agit du 3ᵉ facteur d'impact le plus important de la méthodologie PEF (8,51 % du single score). Comment sommes-nous responsables de l'épuisement de cette ressource si précieuse ?

Les ressources en eaux

La disponibilité en eau

La surface de notre planète est couverte à 70 % par de l'eau (soit 1,4 milliard de km³), mais seulement 2,5 % correspondent à de l'eau douce, dont 0,4 % disponible (fleuves, rivières, lacs, eaux dans les sols, eaux atmosphériques). En effet, 2,1 % de l'eau douce est présente sous forme de glace polaire et donc inutilisable.

Cette répartition des eaux est contrastée en fonction des régions du monde. Par exemple, l'essentiel des eaux atmosphériques se trouve le long des Tropiques, zone de forte évaporation des eaux océaniques. De plus, neuf pays (Canada, Chine, Colombie, Pérou, Brésil, Russie, États-Unis, Indonésie et Inde) détiennent 60 % des ressources naturelles renouvelables d'eau douce du monde pour environ 50 % de la population mondiale. À l'inverse, il y a 80 pays, soit 40 % de la population, qui souffrent de pénurie d'eau.

L'épuisement de la ressource en eau représente la diminution de l'eau disponible restante par zone, dans un bassin hydrographique, lorsque la demande des êtres humains et des écosystèmes aquatiques a été satisfaite. Il permet d'évaluer le potentiel de privation d’eau, que ce soit pour les êtres humains ou pour les écosystèmes. Les ressources en eau disponibles varient d'un pays à l'autre. Elles peuvent aller de moins de 500 m³/habitant/an en Israël à plus de 80 000 m³/habitant/an au Canada. La France, quant à elle, possède une ressource en eau d'environ 3 000 m³/habitant/an (193 milliards de m³ disponibles par an en France pour un besoin de 32 milliards de m³/an).

Son utilisation

L'eau douce prélevée dans le monde sert à 70 % pour l'agriculture (60 % de l'eau prélevée pour l'agriculture en France sert à l'irrigation), 20 % pour les industries et 10 % pour la consommation domestique. Dans les pays en voie de développement, 90 % de l'eau douce disponible est utilisée pour l'irrigation des terres contre 40 % dans les pays industrialisés. Cela s'explique par de faibles précipitations et une croissance démographique s'accompagnant d'un besoin croissant de productions agricoles.

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Photo by Hưng Nguyễn Việt

Les menaces qui pèsent sur les ressources d'eau

Plusieurs menaces pèsent sur les ressources en eaux : la pollution, le changement climatique, la croissance urbaine, mais aussi les transformations du paysage, telles que la déforestation. Elles sont responsables de l'épuisement de cette ressource.

La pollution de la ressource en eau

La ressource en eau fait face à la pollution d'origine industrielle, domestique, agricole et accidentelle.

Il peut s'agir de :

  • Pollution organique, qui correspond à la présence de microorganismes pathogènes (bactéries et virus) dans l'eau.
  • Pollution chimique, qui correspond à différents produits chimiques utilisés tels que ceux contenus dans les engrais (nitrates, phosphates), les médicaments ou les métaux lourds.

La pollution peut être ponctuelle ou diffuse. Une pollution ponctuelle sera localisée dans l’espace alors qu’une pollution diffuse sera non localisée comme c’est par exemple le cas avec le traitement des cultures agricoles.

Les milieux naturels, face à l'augmentation de la pollution, ne sont plus en capacité d'effectuer une autoépuration et les eaux doivent donc être de plus en plus traitées afin d'être utilisables dans les différents secteurs.

Les prélèvements excessifs

Les différents points d'eau à notre disposition sont exploités plus vite qu'ils ne se renouvellent ce qui est problématique. De manière générale, les prélèvements lors de périodes estivales (périodes d'eaux basses) accentuent les phénomènes de déficit en eau ce qui a un impact sur l'environnement, mais aussi sur l'économie.

Prenons l'exemple des nappes phréatiques. Les nappes phréatiques sont généralement réalimentées en eau d'une année à l'autre grâce aux pluies de l'hiver et de l'automne. Les prélèvements trop importants peuvent ralentir leur rechargement. De plus, certaines nappes qui ne communiquent ni avec les eaux de surface ni avec d'autres nappes peuvent ne pas se renouveler ou alors trop lentement à l'échelle d'une vie humaine. C'est notamment le cas au Moyen-Orient ou même en France. Les prélèvements d'eau des nappes peuvent avoir d'autres impacts notamment une contamination saline des nappes côtières. En effet, l'eau salée va venir combler le vide laissé par les prélèvements excessifs d'eau douce.

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Agence française pour la biodiversité/Matthieu Nivesse (d'après OIEau), 2018

Le changement climatique

L'impact du changement climatique sur l'épuisement des ressources en eau est encore difficilement quantifiable par les scientifiques, mais de nombreuses prévisions sont réalisées.

Le changement climatique, en augmentant les périodes de sècheresse, entraine un épuisement des eaux profondes. D'après l'OMM (Organisation Météorologique Mondiale), le nombre et la durée des sécheresses ont augmenté de 29 % ces vingt dernières années. À l'inverse de ces périodes de sécheresse, des périodes de fortes précipitations s'intensifient dans certaines régions du globe (en Asie avec des moussons plus fortes, mais également en France ou en Suisse par exemple, où l'on a pu observer de très fortes précipitations ces dernières années). Leur intensité rend la gestion des systèmes de récupération et de traitement compliquée. Cette eau ne sera alors pas forcément disponible pour l’activité humaine en raison de l’incapacité actuelle à la retenir dans son intégralité. De plus, l'intensité de certaines de ces précipitations augmente le ruissellement et l'infiltration des polluants qui atteignent alors les aquifères souterrains.

Une autre conséquence est la fonte des glaces et des glaciers. La fonte des glaces, et donc l'augmentation du niveau marin, facilite une contamination des eaux des littoraux par les eaux salées. Les glaciers quant à eux servent à capter de l'eau douce, qui est ensuite restituée au cours de périodes sèches. Il y a 1/6ᵉ de la population mondiale qui dépend de cet apport. La fonte des glaciers entraîne ainsi une diminution de la quantité d'eau douce disponible, les infrastructures nécessaires à capter l'eau issue de cette fonte n'étant aujourd'hui pas disponibles.

Enfin, le réchauffement climatique entraîne une hausse de la température des eaux des lacs et des rivières (d'après l'INRAE, la température moyenne des eaux de surface des lacs a augmenté de 0,38 °C par décennie depuis 1980), ce qui créé une modification de l'équilibre chimique et biologique de l'eau et donc de sa qualité. Cela impacte donc la quantité d'eau disponible à la consommation humaine.

L'urbanisation, l'industrialisation et la hausse de la population

La croissance démographique s'accélère et les niveaux de vie aussi. L'ONU a annoncé en 2017 que nos besoins en eau allaient augmenter de 50% d'ici 2030. Il y a ainsi plus de personnes à nourrir et donc une hausse d'utilisation d'eau en agriculture, mais aussi une augmentation du besoin en infrastructures. Par ailleurs, l'augmentation du niveau de vie entraine une hausse de la quantité d'eau consommée par personne notamment dans les pays en voie de développement. Il y a une occidentalisation des habitudes de consommation tant au niveau alimentaire que matériel. Il s'agit généralement de produits dont la production nécessite une forte consommation d'eau. Parmi ces produits, on peut notamment retrouver : 1 kg de café qui nécessité plus de 20 000 L d'eau, 1 kg de coton qui nécessite plus de 8 000 L d'eau ou encore 1 kg de viande de bœuf qui nécessite plus de 15 000 L d'eau (attention : ces valeurs sont issues de la méthode Hoekstra et prennent en compte les eaux de pluie tombant sur les champs. Ces valeurs vont dépendre de la méthode utilisée).

Les prévisions de pénuries

Des indicateurs fournis par l'OMS :

- Moins de 2 500 m³ d’eau par an par habitant : vulnérabilité hydrique.
- Moins de 1 700 m³ d’eau par an par habitant : stress hydrique.
- Moins de 1 000 m³ par an par habitant : pénurie.

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D'après l'OMM, en 2018, 3,6 milliards de personnes n'ont pas eu un accès suffisant à l'eau potable pendant au moins un mois et d'ici 2050, il y en aura plus de 5 milliards.

D'après l'UNDESA, d'ici 2025, 1,8 milliard de personnes devraient vivre dans des pays ou des régions en pénurie d'eau, et les deux tiers de la population mondiale pourraient vivre en stress hydrique.

La France n'échappe pas à cette notion de vulnérabilité hydrique. Quatre communes des Pyrénées-Orientales ont fait face à un risque de pénurie à la fin de l'été 2021. Les très faibles pluies ont fait que la nappe phréatique alimentant ces communes est passée sous le seuil d'alerte (seuil alerte fixé à 6 mètres d'eau pour cette nappe). Elle a pour le moment été chargée grâce aux canaux et le fleuve Têt. Les habitants ont été conseillés de réduire au maximum leur consommation d'eau et la possibilité de coupures d'eau un jour par semaine a même été abordée au cours du mois de septembre. Par ailleurs, à contrario de ce que l'on pourrait penser, c'est le nord de la France qui sera le premier touché par la vulnérabilité hydrique. Son voisin la Belgique est notamment l'un des pays les plus exposés à un risque de pénurie.

Avec une diminution des ressources en eaux, une augmentation des zones désertiques et arides et donc une hausse des pénuries, l'eau pourrait devenir une source de conflit majeure dans les années à venir.

Sources/ Pour aller plus loin 🔗 :  

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